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Armes autonomes : la guerre du futur est déjà là !

Les Américains ont prévenu : l’humain restera aux commandes de toutes les armes intégrant l’intelligence artificielle (IA) et, de ce fait, les interdire n’est pas nécessaire. Sauf que nous sommes déjà entrés dans l’ère des armes qui agissent de manière autonome.

Imaginez un champ de bataille désertique, théâtre d’années de guerre. Une armée entame sa retraite, véritable anabase vers une porte de sortie, talonnée de près par son ennemi. Des dizaines de drones difficilement repérables descendent du ciel, scannent la zone et marquent des cibles potentielles qu’ils choisiront ou non de frapper. Puis les engins fondent sur l’armée qui reflue et explosent au contact des véhicules et des soldats adverses.

Cette scène aurait pu être intégrée dans une œuvre dystopique présentant la guerre de demain. Il n’en est rien. Elle aurait bien eu lieu, en Libye, en 2020. Des hommes de l’armée loyaliste de Khalifa Haftar auraient été tués par un drone turc de type Kargu-2, selon un rapport de l’ONU relayé par la revue scientifique britannique New Scientist.

Des armes qui prolifèrent

S’il est vrai que les drones sont depuis longtemps utilisés dans les conflits contemporains, l’exemple libyen montre que, pour la première fois, l’association de la reconnaissance d’image et d’un logiciel d’autopilotage leur permet d’être autonomes. Avec ce nouveau type de matériel, une armée peut donc frapper et éliminer à moindre coût.

Aujourd’hui, de nombreuses associations qui défendent les droits de l’homme, appuyées par des dizaines d’États, demandent l’interdiction de ce type d’arme. Mais les grandes puissances militaires ont un autre discours. Les États-Unis soutiennent que l’humain gardera toujours le contrôle sur les drones. La Russie indique pour sa part que les armes autonomes pilotées par l’intelligence artificielle ne peuvent pas être interdites, tout simplement parce qu’elles n’existent pas encore. Florence Parly, ministre des Armées, a de son côté été très claire : « Oui à l’intelligence artificielle, non aux robots tueurs. » En somme, la France doit saisir les opportunités qu’apportent les technologies de rupture, mais sans franchir certaines lignes rouges.

La réalité du terrain répond crûment aux discours américain et russe tout en confirmant les craintes de la France. Deux éléments importants et nouveaux se fondent sur les champs de bataille : des avancées technologiques spectaculaires et en constante évolution et des conflits très complexes, aux multiples acteurs, aux contours très flous, sur les modèles syrien et libyen, terrains favorables à l’utilisation de telles armes.

La Libye n’est pas le seul endroit où les drones autonomes ont été utilisés. La Turquie les emploie pour surveiller sa frontière avec la Syrie. De même, lors du conflit du Haut-Karabagh en 2020, l’Azerbaïdjan a utilisé des drones chargés d’explosifs patrouillant de manière autonome. Ces engins sont une version plus petite des drones téléguidés utilisés par l’US Army en Irak ou en Afghanistan. Mais, contrairement à leurs équivalents américains, ceux-ci ne tirent aucun projectile : chargés d’explosifs, ils plongent vers leurs cibles au moindre signal radar et sautent avec elles.

Ces drones sont en réalité « hybrides », c’est-à-dire qu’ils sont pilotés par des humains ou peuvent manœuvrer de manière totalement autonome. De ce fait, il est impossible de savoir si l’homme a déclenché la frappe.

Le problème est que ces armes commencent à intégrer les arsenaux des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Plusieurs projets de recherches sont en cours aux États-Unis, en Russie et en Chine alors même que ces pays discutent d’un possible traité limitant les armes autonomes.

« Les États disposant d’armées bien équipées poussent pour développer ce genre de technologie », indique Peter Asaro, professeur à la New School de New York et cofondateur de l’International Committee for Robot Arms Control, qui plaide pour des règles strictes encadrant les armes autonomes létales. Il conclut en affirmant que « ces armes vont rapidement proliférer ».

Boris Laurent

Spécialiste des questions de Défense, coordinateur éditorial du magazine DefTech.