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Survey Copter : une expertise unique dans le domaine des drones tactiques légers

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter Survey Copter, et votre rôle au sein de l’entreprise ?

Survey Copter est une société française, basée à Pierrelatte, dans le département de la Drôme. Filiale du groupe Airbus, elle est spécialisée dans le design, la fabrication et le maintien en conditions opérationnelles de systèmes de drones tactiques légers. Elle dispose d’une longue expérience dans le secteur de la défense. En près de vingt ans, elle a remporté deux contrats de fourniture de drones tactiques légers auprès des forces françaises : le drone de reconnaissance au contact (DRAC) et le système de mini-drone Marine (SMDM). J’en suis le CEO depuis le mois de septembre 2022, après avoir officié sur des programmes hélicoptère au sein d’Airbus Helicopters.

Lors du conflit ukrainien, des dizaines de modèles de drones légers ont été déployés, certains dans des usages tactiques jusqu’alors inédits. Que retenez-vous de ce conflit, et de l’impact qu’il a sur le marché des drones tactiques ?

Nous constatons, comme tout le monde, que la guerre en Ukraine est la première guerre de haute intensité où les drones tactiques, même civils, sont utilisés de façon importante. Furtifs, faciles à opérer, bon marché…, ce sont des multiplicateurs de force.

La plupart des drones tactiques sont utilisés à des fins de reconnaissance, de désignation d’objectifs et de surveillance. Les autres, généralement les plus médiatisés, remplissent des missions d’attaque. D’après les informations délivrées dans la presse et par les organismes d’études, les Ukrainiens et les Russes ont recours à plusieurs types d’engins : drones à voilure tournante, drones à voilure fixe et, plus récemment, ce que l’on pourrait nommer des « munitions téléopérées ».

Chacun de ces modèles apporte un avantage « mission ». Les plus petits, à voilure tournante, peuvent pratiquer le vol stationnaire même s’ils disposent d’une autonomie et d’une capacité d’emport réduites. Les voilures fixes, selon la taille du vecteur, peuvent remplir des missions de guidage d’artillerie, de battle damage assessment – en français, on parlerait d’« évaluation des dommages » – ou plus vastement de surveillance de zone. Certains disposent en sus de capacités de tir de munitions légères.

Les informations qui nous parviennent sur tous les drones utilisés en Ukraine sont un très bon retour d’expérience opérationnelle pour les développements futurs. Mais il ne faut pas oublier que le fait de faire voler des aéronefs non habités demande de grandes responsabilités en matière de soutenabilité et de navigabilité. Et que ces dernières font partie des prérequis pour les marchés européens.

Sur le plan technologique, les drones évoluent très rapidement. Quelles sont les grandes tendances actuelles, et surtout à venir, dans votre secteur d’activité ?

Par le passé, un drone tactique était utilisé pour remplir une mission. Aujourd’hui, les armées en font un usage plus hétéroclite qui nécessite des drones capables de remplir plusieurs missions à la fois. Logiquement, il est attendu des constructeurs de drones une modularité plus importante.

Que l’on veuille plus d’autonomie, plus de discrétion, des capacités d’emport renforcées, tout cela évoluant selon le théâtre d’opérations, les conditions de la mission…, tous ces paramètres ont une incidence sur chacun des éléments qui composent le système de drones tactiques.

Cela peut avoir une incidence sur le vecteur lui-­même : sa taille, son poids, son mode de propulsion, sa voilure, mais aussi sa liaison de données, dont on attend à raison une sécurisation optimale. La station au sol doit être adaptée à chaque force, et être modulable. En fonction des demandes, il faut aussi étudier des solutions qui permettent d’opérer le drone tactique dans des zones où le signal GPS serait brouillé. Même chose pour le type de propulsion : nous savons qu’un moteur électrique permet une grande discrétion, mais qu’un moteur thermique offre de plus grandes capacités d’endurance… Tout est une question de besoin.

Et il en va de même pour les charges utiles. Pour une mission de reconnaissance ou de surveillance, il peut être pertinent d’équiper le vecteur d’une caméra à vision jour/nuit, d’un système d’identification automatique ou même, pour les drones tactiques « lourds », d’un radar. Enfin, l’emport, c’est-à-dire ce que le drone peut transporter, doit être lui aussi modulable : parle-t-on de transporter des kits de survie, des denrées alimentaires, des charges plus lourdes ? Encore une fois, il y a autant d’options qu’il y a de missions. Ce qui est attendu de nous, constructeurs, c’est d’offrir un spectre de modularité suffisant pour que les drones tactiques dont s’équiperont les forces leur permettent de remplir une large palette de missions tout en apportant de solides garanties en termes de réglementation, de navigabilité et de sécurité.

En France, une actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) est prévue. D’après votre expérience, de quel type d’équipements pourraient avoir besoin les forces françaises dans la décennie à venir ?

Depuis 2020, nous équipons la Marine nationale, dans le cadre du contrat SMDM, en drones tactiques légers. Ce drone à usage maritime, qualifié et certifié par la Direction générale de l’armement, permet de remplir des missions d’identification, de surveillance et de reconnaissance. Nous sommes à l’écoute des besoins des forces armées et travaillons, comme je l’ai dit plus haut, à développer des solutions modulaires et agiles, à même de répondre aux demandes de tous les corps des armées. Nous ferons preuve de la même disponibilité, de la même écoute et de la même adaptabilité envers les forces françaises lorsque la LPM sera votée.

Une partie de la  base industrielle et technologique de défense rencontre en ce moment des difficultés à recruter, notamment en dehors des grands bassins industriels. Quels sont les défis de Survey Copter en matière de ressources humaines ? Et quels sont ses atouts pour séduire les nouveaux talents ?

C’est un vrai challenge ! Depuis 1996 et la création de Survey Copter, nous sommes installés à Pierrelatte, une ville de la Drôme, dans le sud de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La ville est connue pour être un bassin d’emploi, mais surtout dans le secteur de l’énergie, du fait de sa proximité avec la centrale du Tricastin.

L’épidémie de Covid-19 a montré que les grandes villes n’étaient pas les seuls lieux où pouvait se construire l’économie de demain. Les cadres, les ingénieurs et les techniciens les plus talentueux cherchent aujourd’hui à quitter les grandes villes pour disposer d’une meilleure qualité de vie, sans pour autant renoncer à l’excellence dans le domaine professionnel. Certains, nés dans ces régions, sont heureux d’y trouver enfin des métiers et des employeurs à la hauteur de leurs exigences. C’est le cas, par exemple, de notre nouveau directeur financier, qui est un enfant de la Drôme, qu’il a quittée pour construire sa carrière et qui maintenant y revient.

Qualité de vie ou réussite professionnelle ? Survey Copter répond à ces deux exigences. Du fait de notre appartenance au groupe Airbus, nous bénéficions d’une excellente ressource humaine et sommes même un incubateur de talents : les passerelles entre le groupe Airbus et nous sont nombreuses, j’en suis la preuve. Nous sommes dans l’industrie de pointe. Nous appliquons des processus et des règles exigeants, et nous disposons de solides outils pour doper notre créativité et notre qualité. Notre ambition, pour attirer les talents, est de rappeler qu’ici, sur le site de Survey Copter, se construit aussi l’excellence de l’industrie aéronautique.

Entretien avec Christophe Canguilhem, président et directeur général de Survey Copter, filiale d’Airbus

Légende de la photo ci-dessus : En octobre 2022, Survey Copter a dévoilé une nouvelle configuration de son drone tactique léger, baptisé Aliaca-ER, pour « extended range ». Son moteur thermique lui offre une autonomie de 6 h, dans un rayon de 100 km. (© Survey Copter)

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